Olivier Le Gac, vous avez débuté votre saison 2017 lors du Grand Prix d'ouverture La Marseillaise. Qu'attendez-vous de votre deuxième saison pleine au sein de l'élite ?
J'ai envie de passer un nouveau palier. La saison dernière, j'ai constaté que je me sentais déjà beaucoup plus à l'aise au niveau Pro Tour et je veux continuer dans ce sens. J'ai envie de m'affirmer davantage à ce niveau-là. J'ai envie de réaliser de belles choses individuellement et, surtout, collectivement, dans la mesure où ma saison 2017 sera axée autour d'Arnaud Démare, le sprinter de l'équipe FDJ. Je vais d'ailleurs avoir quasiment le même programme qu'Arnaud durant la première partie de saison.
Vous allez faire partie intégrante du train d'Arnaud Démare cette saison…
Oui. On a réussi à créer un bon groupe autour de lui, on a bien travaillé en stage et on a hâte de voir ce que cela va donner sur le terrain. On est une dizaine à faire partie de ce groupe (Guarnieri, Sarreau, Delage, Konovalovas, Fournier…). Lors des stages de l'équipe, on travaillait par groupe. Il y avait le groupe des grimpeurs et celui des sprinters. On a fait du spécifique. L'objectif est commun. Il n'y a plus qu'à…
Quel est votre rôle au sein de ce train ?
Je suis prévu pour les cinq derniers kilomètres. A partir du cinquième kilomètre avant la ligne d'arrivée jusqu'au deuxième avant l'arrivée. Marc Sarreau, Mickaël Delage et l'Italien Jacopo Guarnieri, qui sont tous plus sprinters que moi, interviennent ensuite afin de lancer Arnaud Démare. Je n'ai pas leur pointe de vitesse. Mon rôle consiste donc à replacer les quatre ou cinq derniers coureurs du train de la FDJ. Je dois faire en sorte de les placer dans les meilleures conditions possibles afin qu'ils puissent produire leur effort à leur tour.
Vous affectionnez ce rôle de poisson-pilote ?
Oui. J'ai toujours aimé aller frotter dans les sprints. Comme je suis limité dans ce domaine, je ne peux pas jouer ma carte personnelle. Du coup, c'est une autre manière d'aborder les sprints. Elle me plaît bien. Je m'épanouis vraiment dans ce rôle.
Est-ce vous qui avez demandé à faire partie de ce train ?
L'an dernier, j'ai souhaité disputer les classiques flandriennes. Du coup, je me suis retrouvé au sein de ce groupe “sprinters et coureurs de classiques”. Comme cela se passait bien, je suis allé de moi-même donner un coup de main dans le final des courses. Cela s'est fait tout seul, au fil des courses…
Parlons courses, justement. Quel est votre programme du début de saison ?
Après La Marsellaise et l'Etoile de Bessèges, je vais enchaîner avec le Tour du Haut Var, le Het Nieuswsblad, Kuurne-Bruxelles-Kuurne et, je l'espère, Paris-Nice. On est plusieurs coureurs de l'équipe à postuler. Ensuite, ce sera retour en Belgique avec A Travers la Flandre, Grand Prix E3, Tour des Flandres, Grand Prix de l'Escaut, Paris-Roubaix et, peut-être l'Amstel Gold Race. J'avais découvert l'Amstel en néo-professionnel. C'est la classique ardennaise qui me plaît le plus. Bon, elle tombe le même week-end que le Tro Bro Leon… Rien n'est encore figé mais ensuite, ce sera Quatre Jours de Dunkerque, Grand Prix de la Somme et, peut-être, le week-end Plumelec-Châteaulin.
Vous affectionnez beaucoup toutes ces classiques pavées. Pourquoi ?
J'aime les courses de placement, celles où il y a des endroits stratégiques, là où ça bordure quand il y a du vent. Celles où il n'y a quasiment jamais de temps mort, celles où ça peut se jouer sur un changement de direction, dans un mont…
Avez-vous un Grand Tour à votre programme 2017 ?
Oui. A ce jour, c'est davantage le Tour d'Espagne qui tient la corde. Maintenant, tout dépendra de mon début de saison. S'il est concluant, il est possible que je découvre le Tour de France. Tout dépendra aussi de ma forme, de ma condition. Si je me sens d'y aller ou pas. En 2018, le Tour de France est annoncé dans le Finistère. Alors si je dois attendre une année, pas de problème (sourire). Et puis, ça pourrait être sympa de refaire une Vuelta cette année. Sans pression, avec la possibilité de s'exprimer.
Quel bilan faites-vous de votre saison 2016 ?
A partir du moment où je n'ai pas gagné de course, ça peut toujours être mieux. D'un autre côté, je pense que je m'en suis bien sorti sur les classiques. L'équipe FDJ était satisfaite de mon travail. Sur le Giro, j'ai vu que j'ai progressé et en fin de saison, ça s'est aussi bien passé. J'ai répondu présent. Globalement, je ne suis pas mécontent de mon année 2016. A la FDJ, on m'a fait savoir que l'on comptait sur moi pour devenir un coureur important de l'équipe dans les années à venir. L'équipe a confiance à moi. Mon ambition est aussi d'être à la hauteur de cette confiance.
Vous êtes passé professionnel en août 2014. Deux ans et demi après, comment mesurez-vous votre évolution ?
Quand j'ai disputé le Tour d'Italie l'an dernier, je me suis vraiment rendu compte que j'avais bien progressé par rapport à mon premier Grand Tour (la Vuelta 2015). Cela n'avait même rien à voir. Sur le Giro 2016, j'ai pu prendre du plaisir alors que sur la Vuelta 2015, après dix jours de course, je ne faisais que subir. En Italie, je pouvais travailler, me rendre utile pour mon leader. J'ai même réussi à prendre une échappée lors de la dernière semaine. Sur les autres courses Pro Tour aussi, j'ai vu que je me sentais beaucoup mieux. Sur l'Eneco Tour, à Plouay, au Canada, je sentais que j'avais pris de la force. Je me sentais plus à l'aise dans le peloton.
On imagine que, pour vous, c'était également un soulagement d'aborder le début de saison de manière sereine…
Oui, ça faisait longtemps que cela ne m'était pas arrivé… L'an dernier, j'avais été contrarié par des soucis de genou. Du coup, je n'avais repris à rouler sérieusement que fin décembre. La fois d'avant, j'avais terminé la saison à Pékin et j'avais repris en Australie et l'enchaînement n'avait pas non plus été évident. Cette fois, j'ai bien roulé, je n'ai pas eu de pépins, les conditions climatiques ont été bonnes. Même chez les amateurs, j'ai connu des intersaisons compliquées : j'ai été opéré de l'artère, je me suis fracturé la clavicule, bref… C'est tellement plaisant de bien préparer une saison dans de bonnes conditions. Je ne sais pas si je suis en avance mais une chose est sûre, je ne suis pas en retard comme cela a déjà été le cas.
Vous évoquez des ambitions collectives. Avez-vous également des objectifs individuels ?
Si j'ai l'opportunité d'aller chercher une première victoire chez les professionnels, je ne vais pas m'en priver. Disons que c'est davantage un second objectif. Ce n'est là que l'on m'attend à la FDJ. Avant tout, je suis là pour Arnaud. Je suis un équipier d'Arnaud (Démare). Bon, il y aura peut-être quelques occasions à saisir en cours de saison, on verra. Maintenant, je sais aussi que ce n'est pas évident de pouvoir jouer la gagne quand on est habitué à être dans la peau d'un équipier. Ce n'est pas simple de changer de configuration, on perd ses habitudes. A moi de me faire violence pour aller chercher un podium ou une victoire sur une course où on me donnera carte blanche.
Dans les catégories jeunes et chez les amateurs, vous étiez habitué à gagner. Comment vivez-vous le fait de ne plus être sur le devant de la scène ?
Au début, c'était un peu dur. Maintenant, le travail d'équipier est vraiment reconnu à la FDJ, avec Arnaud Démare, aussi. Il est toujours reconnaissant envers ses coéquipiers. Il faut trouver de la satisfaction à bien faire son travail. Et puis, quand ça gagne au bout, c'est un peu comme si j'avais gagné.
Sans parler d'objectifs, quelle est votre ambition pour la saison à venir ?
Je l'ai dit, j'ai envie de m'affirmer comme un coureur important de la FDJ. J'ai encore envie de démontrer que j'ai ma place en Pro Tour. Lors de ma première saison à ce niveau, quand la course commençait véritablement après le cap des 150 premiers kilomètres, je voyais qu'il me restait beaucoup de travail à effectuer. Désormais, les choses sont différentes : l 'an dernier, j'étais présent dans le final de certaines courses du Pro Tour. Je mets peut-être un peu plus de temps que certains coureurs pour être à ce niveau mais je progresse et j'ai envie de continuer dans cette direction en 2017.
